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dandelion menace de Claude Eigan

exposition personnelle en juin 2021
à Artemis Fontana, Paris (FR)

 

dandelion menace est la première exposition monographique de Claude Eigan en France. Elle se déploie autour de présences végétales qui forment trois familles : les bouquets de poings, les boucliers-corolles, et les feuilles-pièges-à-loups, toutes liées à la figure centrale de la taraxacum, qui lui donne son titre. Communément appelée pissenlit en français, en hommage à ses capacités diurétiques, cette plante aux vertus dépuratives se nomme également dent-de-lion pour ses feuilles acérées et sa collerette jaune touffue. Les œuvres présentées chez Artemis Fontana tracent toutes, à leur manière, les coordonnées affectives de l’artiste. Les poings de ses ami·e·x·s et de ses proches composent les cornes d’abondance entrelacées de la série soft and stone and high, 2020, présences chimériques oscillant entre le végétal et l’aquatique : tantôt plantes, tantôt sirènes. Les contours des pavés berlinois habitent la série under no kings, 2020, composée de pièces murales installées en formation défensive. Des lanières permettent de les porter au bras en brandissant des fleurs de lys blanches et mauves, disposées à l’envers dans un retournement de l’emblème royale et religieuse. Enfin, les coordonnées d’espaces de sociabilités LGBTQIA+ chers à l’artiste ornent les mâchoires rieuses des feuilles de pissenlit de la série pissed, 2020, aux côtés de slogans et de symboles communautaires.

Ici, les fleurs ont laissé leurs attitudes lascives et se sont acérées, prêtes à piquer, à défendre, à attaquer. Tout comme la stèle du code de Hammurabi consacrait l’adage “œil pour œil, dent pour dent” à Babylone, les œuvres de Claude Eigan s’approprient le célèbre “Bash Back!” des Pink Panthers Patrol : elles revendiquent la rage comme un espace politique, et travaillent le continuum de la menace, de la violence et de la rétribution à partir d’une position minoritaire. Ces fleurs de résilience viennent donner corps à un jardin d’auto-défense, où la dialectique entre la représentation de la violence et l’action violente se déploie comme les deux faces d’une labrys, cette hache à double tranchant utilisée par la civilisation Minoenne comme symbole religieux; historiquement associée aux amazones, elle fut adoptée dans les années 70 comme symbole par les mouvements féministes lesbiens.

La violence traîne autour de dandelion menace comme une menace feinte, résidant dans l’anticipation de sa mise en œuvre plutôt que dans son action. C’est cette menace désarmée et l'imminence d’un futur différent qui habite l’exposition de Claude Eigan. Du symbole solaire, royal, et masculin du lion, supposé honorer la plante lui ressemblant, Claude ne conserve rien, préférant les caractéristiques vivaces et urbaines du pissenlit : capable de pousser entre les fêlures du béton, les pavés des rues et au travers du goudron. Dans une perspective post-humaniste, l’exposition argue pour la définition de sujets politiques complexes, inclusifs et changeants, qui rendent compte de la vulnérabilité des corps, et appelle un futur où la rage, la violence et la colère ont lieu de pratiques culturelles historiques dont la nécessité s’est fanée.


photo credits: Margot Montigny
graphic design: Claude Eigan